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Assassinat de Nahel : un nouveau chapitre du racisme d’État en France

mercredi 16 août 2023, par Maha Amroussia

Suite au meurtre de Nahel, des révoltes contre les violences policières ont éclaté dans les banlieues et les quartiers populaires partout en France. Le discours officiel et médiatique dominant en France s’est vite focalisé sur le profil du jeune Nahel rappelant toutes ses erreurs de parcours, semblant suggérer ainsi qu’elles atténueraient le crime.
Mais ce drame n’est pas un fait isolé ni un fait divers. Il vient rappeler la longue liste des victimes de la répression policière dans les quartiers populaires : Fatima Bedar, Malika Yazid, Abdelkader Bouziane, Zyed Benna, Bouna Traoré...
Alors que plusieurs institutions et organisations internationales (Amnesty, ONU...) ont condamné le racisme institutionnel français et les violences policières, l’État français a continué quant à lui la politique de l’autruche en condamnant « l’acte individuel isolé » du policier et en niant tout caractère raciste dans une République aveugle aux origines et couleurs de peau.

Un racisme systémique et institutionnel ancré

Le débat public a vite été orienté vers la diabolisation des jeunes des quartiers et la culpabilisation des parents, loin de d’une réelle remise en question du traitement réservé par l’État français aux populations non blanches des quartiers.
Peu de personnes ont questionné la ségrégation ethnique et sociale des banlieues ou le fonctionnement de sa police alors qu’il faut être aveugle pour ignorer le racisme systémique et institutionnel en France. Plusieurs études ont démontré les discriminations systémiques qui entravent l’accès de millions d’individus à leurs droits les plus fondamentaux depuis la scolarité à l’embauche en passant par la santé, le logement et de nombreux services publics.
D’autre part, depuis plus de 30 ans, des travaux scientifiques mettent en évidence le caractère raciste de la police. Avec l’aval des autorités politiques, elle traite très différemment la jeunesse des quartiers. Selon une enquête du Défenseur des droits de 2017, les jeunes noirs ou arabes ont 20 fois plus de chances d’être contrôlés par la police que les blancs. Ces contrôles au faciès s’accompagnent souvent de tutoiement systématique, de brimades et d’humiliations.
Aucune surprise donc de voir la colère des populations de ces quartiers populaires s’ériger contre cette volonté de l’État français d’ignorer le racisme systémique et institutionnel et d’invisibiliser les minorités visibles.
Au lieu de questionner ces aspects, la propagande médiatique et officielle s’est acharnée à blâmer les mineurs révoltés en les considérant comme des individus privés de raison pour nuire à leur légitimité et à celle de leurs mobilisations. J’analyserai dans la suite deux aspects du discours dominant.

Désinfantiliser les mineurs révoltés

Tout au long des révoltes urbaines, le pouvoir français et les médias n’ont pas cessé la désinfantilisation des mineurs en colère. À commencer par Nahel, ils ne sont jamais perçus comme les enfants qu’ils sont, mais comme des adultes problématiques en devenir.
La désinfantilisation est un mécanisme colonial qui se perpétue dans les quartiers populaires. Un rapport de Human Rights Watch de 2020 met en lumière les taux élevés de procédures d’interpellation et de fouille pour les garçons noirs et arabes, principalement dès l’âge de 10 ans.
Le traitement judiciaire des mineurs interpellés a confirmé ce phénomène. En effet le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti a publié une circulaire appelant à une réponse pénale ferme. Depuis, les jugements ont été expéditifs avec des condamnations lourdes allant jusqu’à des peines de prison fermes pour certains mineurs.
Cette désinfantilisation n’est pas un phénomène exclusivement français. Il est de même dans le traitement des enfants noirs aux États Unis et les enfants palestiniens par l’entité sioniste.
Cette désinfantilisation ne consiste pas simplement à considérer ces enfants comme étant plus matures que les autres enfants. Elle alimente aussi divers stéréotypes sur le fait que ces enfants soient agressifs, en colère ou plus déviants. Ces stéréotypes découlent de l’esclavage et / ou du colonialisme.

Pointer les parents, surtout les mères

« Ce n’est pas l’État qui éduque les enfants, mais les parents », a affirmé E. Dupond-Moretti le 30 juin. Ses propos s’inscrivent dans le fil des déclarations d’Emmanuel Macron qui avait appelé, un peu plus tôt dans la journée, « tous les parents à la responsabilité ».
Au lieu d’analyser la responsabilité de l’État dans l’exécution d’un mineur, le pouvoir s’est vite attaqué aux parents qui « doivent appeler au calme et rétablir l’autorité ». Il est allé jusqu’à les menacer, « vos parents risquent 2 ans de prison » oubliant que « nul n’est responsable pénalement que de son propre fait » (article 121-1 du Code Pénal).
Comme souvent, les parents des quartiers populaires sont méprisés par les pouvoirs publics et les médias dominants qui les considèrent comme démissionnaires. Les difficultés que subissent les habitants de ces quartiers sont souvent expliquées par des causes individuelles ou culturelles omettant les discriminations structurelles. Ainsi par exemple, dans une approche néolibérale, la responsabilité pèse sur les parents si leurs enfants ne réussissent pas à l’école « alors qu’ en termes d’heures de cours réellement dispensées, le mieux doté des collèges publics de Seine-Saint-Denis est moins bien doté que le moins bien doté des collèges publics parisiens ».
Les mères sont souvent plus ciblées par ce discours de responsabilisation. On attend d’elles de coller au stéréotype patriarcal et colonial de la femme racisée docile, discrète qui refuse de hausser la voix face aux humiliations du quotidien. Elles doivent faire le tampon entre le système social et leurs enfants, qu’elles soient « des agents au service du maintien de l’ordre social », tout en voyant leurs enfants faire face à des discriminations au quotidien. C’est pour cela que la vidéo de la marche des mères et grands-mères de la cité 3 000 d’Aulnay-sous-Bois appelant au calme a largement été applaudie.